Cependant le numéro zéro et ses 9 articles restent accessibles, ainsi que l'accès au descriptif, aux coordonnées et à localisation des 67 lieux répertoriés, les archives des 330 événements répertoriés entre mai et octobre 2008.
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Céline Mélissent
jeudi 10 avril 2008 à 17:03
Points de vue croisés
sur les expositions On dirait le Sud, Crac Sète, Commissaire Bernard Marcadé et D’où viens-tu Johnny ? Commissaires les artistes Maurin & La Spesa. galerie Esca de Milhaud. |
Bien que sans lien apparent, deux expositions ayant eu lieu quasi simultanément au Centre d’art de Sète, On dirait le Sud et à la galerie Esca de Milhaud, D’où viens-tu Johnny ? ont retenu mon attention parce qu’elles répondent directement à une nécessité à la fois profonde et conjoncturelle de ne pas être séparés de leur histoire. Les commissaires ont choisi d’une part de dépasser la violence du contexte actuel par un geste d’appropriation revendiqué, celui notamment d’un territoire commun, et d’autre part de proposer des expositions “sans oeuvres”. L’engagement situationnel a d’abord consisté à se déplacer de leur pratique habituelle 1 , à se resituer dans un ensemble multiple, puis à rassembler et fédérer les fragments. Au final deux fictions sont proposées, celle du critique Bernard Marcadé à caractère historique à travers une cartographie sentimentale et documentaire en hommage au Languedoc-Roussillon et celle des artistes Maurin & La Spesa, à caractère autobiographique à travers un vrai faux voyage au coeur de la camargue. Les deux propositions ne s’appuient pas sur des critères objectifs mais sur des expériences et des subjectivités. Les protagonistes n’interrogent pas le système mais leur place dans le système d’où leur nécessité de réaffirmer avec radicalité la place du sujet, sa dépendance au symbolique (en crise) en se frottant à la fois à la réalité sociale, à l’imaginaire idéologique et au réel.
Du côté de l’institution, la problématique est liée au comment montrer, présenter des documents et des oeuvres qui ne soient pas de l’art et qui ne soient pas des originaux. Ce parti pris de Marcadé résulte du désir de s’approprier un territoire, donc de privilégier son propre univers et compte tenu de cette donne, de ne pas prendre en otage des artistes et des oeuvres. Entre histoires et anecdotes, le commissaire a élaboré une mise en scène et un scénario qui s’appuient sur les codes esthétiques de l’art contemporain de manière à faciliter la reconnaissance et l’identification. Ainsi la proposition comprend un niveau populaire, un sens ludique et un discours, une réflexion sur le médium exposition, ses possibilités, ses limites. Elle est conçue comme une forme de médiation évoquant un ailleurs temporel autant que géographique propre à toute construction de la mémoire, et témoigne de la résistance à rendre compte d’une unité de la réalité et de la connaissance. La carte privilégiée pour sa plasticité, son point de vue non centralisé et sa transversalité, permet de spacialiser l’histoire. Des événements politiques, artistiques, littéraires, des monuments du patrimoine y sont introduits et recontextualisés, en bref ce qui fait la culture du pays. A la fiction administrative et politique que constitue une région s’ajoutent des connexions toutes aussi fictionnelles et subjectives, mais précisément refoulées par l’histoire et l’idéologie officielle. Convoqué le local à l’inverse des tendances actuelles est une manière de se réapproprier une part d’imaginaire confisquée par l’idéologie régionaliste et de rendre disponible un espace symbolisé en tant qu’il est chargé de sens et de réalité. Subjectivité, réappropriation critique des imaginaires et formes contemporaines sont là pour valoriser une histoire, un territoire, sans l’enfermer, et tenter de penser autrement le monde.
Pour Maurin & La Spesa, le projet de commissariat de cette exposition s’est fait en réaction aux circonstances, à l’environnement immédiat, liés à la difficulté d’être artistes tout particulièrement en province. En place d’expérimentateurs et de rapporteurs d’histoire M&LS ont créer une fiction autobiographique mimant l’économie globale de l’art, une façon de réinterpréter l’histoire et de produire un sens à l’existence au sein du chaos de la réalité. Avec beaucoup d’humour et sur le mode parodique, l’exposition est conçue comme une unité de base, un schème d’action, une mise en scène de dispositifs incluant méthodes de travail et modes d’existence nécessaires à l’épreuve “initiatique” du voyage. Les artistes ont détourné une impossibilité en un jeu, en une aventure à partager. A contre-pied de toute attente, le voyage a lieu localement sur le territoire inventé de Wetland 2 . Plongés dans l’enfance de l’art, les commissaires convoquent les oeuvres les plus prestigieuses de l’art contemporain ayant construit et alimenté leur imaginaire, de Maurizio Cattelan à Roman Signer en passant par Wim Delvoye. Réunies sur un même territoire, elles seront en réserve 3 , mais qu’importe, l’expédition devient le lieu de tous les possibles, le work in progress. La recherche des origines est intuitive, elle révèle un état d’esprit, celui de l’engagement, du rire, de l’idiotie, démultipliant les points de vue entre textes, oeuvres, histoires, décors… Dans l’espace maitrisé et fictif des artistes, les scénarios se croisent laissant la place à une oeuvre qui se constitue sur des réseaux. Sous influence, de nouveaux travaux apparaissent. La subjectivité artistique s’affirme volontiers comme l’essence de toute chose, où s’ombre tout contenu. Les oeuvres citées donnent ainsi lieu à la création de nouvelles pièces chargées d’histoire mais surtout d’une efficacité retrouvée dans un autre contexte. Ici l’autruche de Cattelan relève la tête et les anals kiss de Delvoye ondulent au son d’un cours de yoga. La parodie est sans détour, généreuse, et pour reprendre les mots de Labelle-Rojoux, “l’art parodic n’est ni une régression, ni un abandon. C’est une hypermorale combative, même dans la dérision la plus dérisoire, dans l’affirmation de l’erreur, dans la recherche du malaise (…), préparant de la sorte “le terrain d’un nouveau sérieux audacieux, lucide et humain”(…) Avec eux, on peut en être sûr: l’art meurt mais ne se rend pas !” 4.
De manière bien différente, ces deux expositions sont comme des tentatives de réconcilier au nom du politique le moi et le monde, l’individu et la société. Au delà de l’appropriation, elles parlent de la nécessité de penser la possibilité et les modalités d’un libre usage du commun. Pour l’une, réflexion sur les ruines et les fragments du présent ayant pour origine le désaveu et la méconnaissance du passé, pour l’autre, mythologie élaborée allant jusqu’à une production qui rejoue la relation de l’artiste à l’oeuvre, à la fiction et sa matérialisation. Le travail consiste à subvertir les formes existantes. Quoiqu’il en soit, commissaires et artistes gagnent du terrain sur les instances du réel en libérant de nouvelles subjectivités, hors des catégories du vrai ou du faux, là où précisément la crise semble avoir son origine. Ces propositions alternatives locales, n’ont d’autres finalités qu’elles-mêmes, s’approprier leur histoire, leur impropriété, leur être exposé dans le but de se réinventer soi-même. Sur fond de tragédie, la création porte ce risque et cet espoir.
à lire aussi sur panopticart: Johnny’s Wetlog: Signature, par Maurin et La Spesa
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Celle de commissaire d’exposition d’art contemporain pour B.Marcadé et d’artistes pour Maurin & La Spesa. ^
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L’ironie répond à la fausse question du lieu et de la modestie géographique, puisque déplacement il y a. Qu’en est-il des attaches régionales des artistes quand leur imaginaire se situe ailleurs ? ^
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Les oeuvres ne sont visibles qu’à travers d’une documentation. ^
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Arnaud Labelle-Royoux, L’Art parodic’, Zulma, 2003, pp.149-150. ouvrage cité dans les références de l’exposition D’où viens-tu Johnny ? ^
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du 7 juillet au 16 septembre 2007
C.R.A.C. L.R. Sète, Hérault
cartographies sentimentales et documentaires |
du 8 septembre au 6 octobre 2007
Galerie Esca Milhaud, Gard
Maurin et La Spesa voyagent : c’est peut-être le nom complet que ce groupe (couple) d’artistes aurait dû adopter lors de sa formation. C’est en effet sur le parcours du combattant de l’artiste aspirant à la gloire et (ou) à l’œuvre ultime -que se porte leur travail. |
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